Catégories :
Street democracy
Démocratie en réseaux
Outils
Veille
Appel à projets
Participation citoyenne


Afficher veille innovations démocraTIC sur une carte plus grande

Coup de projecteur sur la Social Media Week à venir

publié le 10/02/2012 par Cécile Delemarre, 0 Commentaires
, , ,

 

Du 13 au 17 février 2012


La semaine prochaine sera marquée par la nouvelle édition de la Social Media Week qui propose une série de conférences autour des tendances et pratiques émergentes diffusées par les médias sociaux et technologies mobiles.

La FING et le programme Innovations DémocraTIC seront présents à certains des événements.  Nous avons faits une petite sélection des conférences répondant à l'esprit du programme et que nous tâcherons de suivre. (Pour accéder à l'ensemble du calendrier de la semaine, c'est ici).

 

Lundi 13 février 17h-19h à la Mairie du IVe

Réseaux, participation, concertation : Innovation démocratique ?

Le programme Innovations DémocraTIC viendra échanger autour des notions de réseaux, numérique, participation et concertation avec des acteurs du même champ. Cette rencontre sera l'occasion de mettre en perspective les évolutions et les freins à l'innovation démocratique en France, notamment à travers une comparaison avec des expériences internationales grâce à la présence de Federico Casalegno.

Intervenants :

- Denis Pansu, Programme DemocraTICs, FING

- Federico Casalegno, projet Civic Media / Unicef / Brésil ; Mobile experience Lab, MIT, Cambridge (USA) – http://mobile.mit.edu/

- Florence Durand Tornare, Villes Internet et La Suite dans les Idées

- Véronique Kleck, Civic Media


Mercredi 15 février 10h-13h à la Cantine

Retour aux sources de l'empowerment : quel rôle pour le numérique ?

La question de la capacité d'action - citoyenne - et de son renforcement (ou empowerment) trouve de nouvelles sources de questionnement lorsqu'elle rencontre celle du numérique. Il s'agit de réfléchir à la part du numérique dans son développement : est-il moteur, composant ou soutien ?

Intervenants :

- Marie-Hélène Bacqué (Paris X-Nanterre),

- Elisabeth Le Faucheur Joncour (@Brest),

- Frédéric Sultan (Vecam), Jacques-François Marchandise (FING).

- Animée par Valérie Peugeot (Orange Labs/Vecam).

 

Mercredi 15 février 16h-20h au Celsa

Réseaux sociaux mondalisés : pratiques et contraintes de l'Internet en Chine

La question de l'empowerment est nécessairement liée à celle de liberté et d'expression. Les pratiques de l'Internet peuvent-elles être les mêmes entre un pays où l'Internet est "libre" et un pays où il est verrouillé ? Beaucoup de choses sont encore à construire en France.  Observer des usages de l'Internet dans des scénarios "extrêmes", un régime politique autoritaire comme celui de la Chine, est aussi l'occasion de réfléchir à ce qui constituent les fondements et les valeurs d'Internet ("notre" Internet ?), et, pourquoi pas de nous offrir un regard réflexif sur nos propres usages.

Intervenants :

- François Bougon, journaliste au Monde

- Allan Barhoun, Master Recherche au sein du GRIPIC-CELSA

- Valérie Jeanne-Pérrier, Maître de conférences CELSA, GRIPIC

- Anne Soetemondt, journaliste-présentatrice TV5 Monde

- Etienne Candel, Maître de conférences CELSA, GRIPIC

 

Jeudi 16 Février 14h30-16h30 à la salle Triangle du Centre Pompidou

Digital + Humanities : quand les sciences humaines et sociales rencontrent les professionnels du digital

L'innovation démocratique passe par la compréhension des mécanismes de la société et du comportement humain. Que peuvent apporter les sciences humaines au numérique et que pensent les sciences du digital des sciences humaines ? Les premières s'intéressent à l'humain et à la société, les seconds à la technologie et aux défis que celle-ci pose. Cette conférence est l'occasion de découvrir les points de convergence et de mieux situer la complémentarité des deux champs.

Programme :

  – “L’identité et ses usages en contexte numérique” par Julien Pierre, doctorant au Laboratoire GRESEC, enseignant à l’université Stendhal de Grenoble, consultant et auteur du blog identites-numeriques.net

  – “Repenser la gamification” par Olivier Mauco, doctorant en sciences politiques à la Sorbonne-Paris I, concepteur freelance de jeux vidéo.

  – “Objets informationnels et objets culturels” par Patrick Peccatte, ancien professeur de mathématiques, chercheur associé au Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic/EHESS), spécialiste des métadonnées et technologies XML.

  – “Philosophie du numérique ? Philosophie, objets et numérique” par David Morin Ulmann, sociologue et philosophe.

  – Conclusion générale :  ”Technologies de la contribution”, par Vincent Puig de l’IRI


 

Afficher/masquer les commentaires


Séminaire "Ville, infrastructure et Open Data" à l'EHESS

publié le 30/01/2012 par Cécile Delemarre, 1 Commentaires
, , , ,

 

 

Dans le prolongement des réflexions initiées par Citélabo autour du mouvement Open Data, le programme Innovation DémocraTIC travaille sur l'articulation entre participation numérique et partage des données publiques. C'est à l'occasion d'un séminaire, organisé par Antonio Casilli sur la culture numérique et d'une séance portant sur la " Ville, Infrastructure et Open Data" présentée par Jérome Denis, que l'on peut dégager quelques pistes de réflexion.

 

Présentation de la séance (les slides du séminaire sont également disponibles en ligne)

 

"En quelques années, la rencontre entre la ville et les nouvelles technologies est devenue une question centrale dans de très nombreux domaines (géographie, informatique, sciences de la communication, sociologie, gestion). Elle a notamment donné lieu à certains discours qui présentent une "révolution" qui aurait peu à peu "doublé" la ville d'une nouvelle couche informationnelle.

Dans ce mouvement, on assisterait à l'explosion du nombre de données disponibles qui permettraient de faciliter la saisie de la ville, qu'il s'agisse de la gérer, de la fluidifier, de la sécuriser, de la démocratiser ou encore de l'habiter. C'est dans ce cadre par exemple que le mouvement Open Data, qui défend la libération des données publiques, a pris forme.

Si ce discours ne repose pas sur du vide, il mérite toutefois dêtre largement remis en perspective. Il s'agit d'explorer les pistes du possible dans la ville et les questions dont la recherche doit se saisir :

- Se saisir des continuités qui se dessinent dans l'émergence d'une ville numérique

- Les pistes de recherche inspirées des infrastructures studies qui vise à documenter finement les conditions de production et les formes d'instanciation des données de la ville."

 

1 Se saisir de la ville

 

La ville est à la fois un espace d'information et un objet d'information.

  • La ville fait l'objet de lutte de tout un ensemble d'acteurs pour conquérir son territoire. On observe par exemple la grande lutte des panneaux de publicité avec la signalétique RATP au sein des espaces publics de transports en communs parisiens. On peut également prendre l'exemple du grafiti.

  • La ville fait l'objet de tout un travail d'information et d'organisation. C'est tout une écologie organisationelle qui est mobilisée pour produire de l'information. On s'intéresse ici surtout aux organisations institutionnelles. A côté, se développent de nouveaux profils, tels que les innovateurs. Ils sont en dehors des services de la ville, issus de milieux du design... Ils pensent généralement la ville comme une page blanche sans prendre en compte les organisations déjà en place et les systèmes d'information traditionnels. Cela pose la question de l'intégration des nouveaux dispositifs d'information à ce qui existe déjà.

 

 2 Proposition de script : les différentes figures des usagers

 

Les usagers sont déjà présents dans les descriptions de la technologie. Tout un ensemble de scénarii d'usage se développent et pensent différentes situations :

  • Participation : utilisation des données dans les dispositifs interactifs/participatifs.

  • Réfléxivité : données sur l'état de l'environnement. Exemple des panneaux "AirParif" designés pour que l'on se rende compte de la qualité de l'air. L'objectif est d'inciter à prendre ses précautions, et par-là de modifier les comportements.

  • Co-production : recherche d'une meilleure coordination entre usagers, fluidité de l'information.

 

Proposition de modélisation des différens types d'usagers qui se dessinent :

 

Traces, données

Passants

Circulation

 

Lieu public |

Riverains

 

VILLE

 

Citadins

| Espace public

 

Participation

Citoyens

Démarche, Avis

 

On aurait deux figures totalement opposables d'usagers : les passants et les citoyens. Les premiers produisent des données objectives en circulant dans la ville, en utilisant ses services. Les seconds produisent des données plutôt de l'ordre subjective ou volontariste en émettant des avis ou en entreprenant des démarches au sein de la ville.

Entre ces deux extrêmes, naissent des figures mixtes : les citadins, capables de changer de comportement, plus tournés vers les autres, conscients du vivre ensemble au sein des lieux publics. Puis les riverains plus soucieux de leur quartier, qui prennent soin de leur ville (les outils de type open street map illustrent le type de démarche).

 

 

3 Infrastructures informationnelles

 

Infrastructure studies. Ce point s'inspire des travaux de Bowker et Star qui étudient les grands systèmes de classification en bio-médecine. Ils observent comment se fabriquent les systèmes de standard, d'algorithmes... On retrouve ici les mêmes enjeux que ceux sous-tendus  par la construction des bases de données.

 

Les infrastructure studies naissent avec la rencontre de deux mouvements :

  • Un mouvement qui prône la transparence politique (accountability), qui fait de la surveillance citoyenne une condition fondamentale. On peut y apparenter les mouvements qui pratiquent les logiciels libres.

  • Un mouvement qui perçoit que les administrations comme des sources importantes de nombreuses données inexploitées, financées par les contribuables, et qui devraient leur être restituées selon toute logique et toute légitimité. Ce dernier mouvement correspond à l'esprit de la loi de 78 de la CADA, de plus en plus remise au goût du jour. Certaines métropoles sont à la pointe de ce mouvement, Rennes par exemple.

L'idée de base est de pouvoir rendre publiques mais surtout partageables les données. Les chercheurs y voient l'occasion de fabriquer une science à la plus grande échelle possible. Les problématiques que l'ouverture des données pose sont tout aussi nombreuses :

  • Cela pose la question de la constitution et l'utilisation des bases de données : qui peut le faire, et comment ?

  • Les effets de transparence ont tendance paradoxalement à invisibiliser le travail de rendre transparent les données.  La méthodologie de la donnée transparente est une vraie question d'ordre scientifique.

 

Questionner les infrastructures informationnelles reviennent aussi à questionner la notion d'information. Complexe, elle recouvre les notions sous-jaçentes de données et de catégories.

1) Des données peuvent-elles être vraiment brutes ?

  • Selon Jérôme Denis, cela n'existe pas, elles sont forcément orientées : les détenteurs des données les plus réticents à libérer leurs données mettent en avant le risque performatif que cela pourrait entraîner. C'est l'exemple de la publicisation des données de la police à Londres : on peut visualiser sur une carte les zones de criminalité les plus denses, l'impact sur ces zones risque d'être renforcé (prix de l'immobilier, flux de population...)

  • D'autres soulignent la mauvaise qualité des données : formats inutiles ou limités (accès à de simple pdf, excel) voir inutiles en soi.

  • Enfin, des mouvements prônent la co-construction des données libérées.

 

2) Les risques de biais des politiques de catégories

  • La catégorisation est nécessaire mais reste politique. Un exemple simple : le cas Agnès étudié par Garfinkel, sur un transexuel qui choisit de mettre en avant soit son côté féminin soit son côté masculin, ne rentre pas dans les cases sexe "masculin" ou "féminin" dans les formulaires officiels. En Australie, des administrations ont inclu la case "sexe indéterminé" dans leur questionnaire.

  • Ce jeu de la définition de la catégorisation peut rentrer en conflit avec d'autres logiques. Par exemple, open street map met en avant certains équipements de la ville (pistes cyclables) qui ne correspondent pas aux standards de la ville de Paris.

 

 

Pistes de réflexion

 

L'effet (pervers ?) d'invisibilisation du processus de "back-officisation" : Il y a un vrai focus à faire sur le back-office. Les travailleurs des services risquent d'être totalement invisibilisés dans le phénomène Open Data qui donne une fausse impression que tout est direct.

En étant trop centrée sur les usagers, il y a un risque que la ville apparaissent uniquement comme un service... C'est ici une réponse aux travaux de Marie-Anne Dujarier sur les consommateurs. Il ne faut pas voir l'Open Data comme un mouvement d'externalisation, il faut rester du côté du gestionnaire de la ville. En France, un certain pari est fait sur l'ouverture des données publiques comme un moyen de nourrir l'innovation à moindre coût (l'idée étant de créer de jeunes start up Google).

Autre fausse impression : la libération des données ne coûte rien. En réalité, la refabrication des données brutes comporte un coût. Cela ressemble beaucoup au travail de la CADA sur les résultats des marchés publics qui tentaient de remettre en forme lisible tout le processus. On a tendance à ne voir que l'apport informationnel mais pas la mobilisation de l'écologie organisationnelle que cela suppose.

 

Question de l'interprêtation des données : L'Open Data est vendu comme un mouvement allant dans la direction des citoyens. Mais finalement la question de la publicisation reste un lieu de blocage. Y a-t-il des catégories qui doivent rester fermées ?

On revient finalement à des questions de pouvoir (telle qu'elles sont analysées en sociologie politique) : qui est légitime pour interprêter des données ? On retombe dans les luttes scientifiques autour des méthodologies légitimes et illégitimes.

Le phénomène open data est renforcé par une tendance à la sacralisation de la donnée, dans le data journalisme notamment, qui est à la limite du néo-positivisme où la donnée brute, le chiffre serait l'argument inattaquable. Or, il faut bien voir que c'est un leurre, que le travail d'interprêtation a déjà été effectué. Le coeur du débat réside dans le mode de calcul.

 

Enjeu de la visualisation des données : La datavisulisation se veut une forme de représentation simple et directe de la donnée, à la limite du ludique et de l'instinctif. Elle oscille entre fonctionnalité et visibilité. Il faut faire attention néanmoins aux dispositifs qui soumettent des visuels qui ne proposent pas forcément un accès rationnel mais au contraire cherche plutôt à susciter l'affectivité.

 

Quelques références proposées :

- Denis, J., & Pontille, D. (2010). La ville connectée. Réalités Industrielles (Annales des Mines), (Novembre 2010), 69-74.

- Beaude, B. (2009) Crime mapping ou le réductionnisme bien intentionné. Espacestemps Net.

- Edwards, P. N., Bowker, G. C., Jackson, Steven, J., & Williams, R. (2009). Introduction : An Agenda for Infrastructure Studies. Journal of the Association for Information Systems Introduction, 10, 364-374.

Afficher/masquer les commentaires


Open-Data: l'appropriation par le plus grand monde - Rencontre Citélabo OpenData du 30 Novembre 2011

publié le 10/01/2012 par Fabienne Guibé, 0 Commentaires
,

 

Article rédigé par Marine Alberade

Lors de la 4e rencontre du groupe de travail Citélabo OpenData, le 30 novembre à la mairie de Paris, les échanges ont porté sur l'appropriation par le plus grand nombre.

Le mouvement d’Open Data fera-t-il l’objet d’une large appropriation citoyenne ? Alors que les initiatives d'Open Data se multiplient au sein des collectivités, et de l’Etat (mise en ligne d’EtaLab), mettant en avant des objectifs multiples (citoyens, économiques, une volonté d'améliorer les services rendus aux usagers), il est pertinent de se questionner sur les vertus citoyennes, attendues et avérées à ce jour, de l'open-data.

Et si l’ouverture des données ne produisait aucune amélioration des exigences collectives de transparence, de participation démocratique, ou d’exercice de la citoyenneté ? questionnait Jacques-François Marchandise en introduction de cette rencontre.

Comment construire les conditions de réussite de la rencontre entre démocratie participative et open data ?

 

1 - La rencontre entre deux mondes…

La rhétorique politique de l’Open Data  fait, à côté des enjeux économiques, une large place aux enjeux citoyens : la transparence des données, l’amélioration du service rendu aux usagers, l'augmentation des capacités d’interpellation citoyennes, etc. Paradoxalement, les acteurs portant la dynamique, dans le secteur public comme associatif, sont issus généralement d’univers plus techniques. Ils disposent en cela d’une bonne compréhension des enjeux technologiques (les formats d’accès, les licences de réutilisation, les bases de données…), ce qui est heureux car la technique n’est jamais neutre, rappelait Laurence Monnoyer-Smith. Mais pour les néophytes, ces enjeux apparaissent facilement « technicistes », et peu attrayants.

C’est peut-être pour ça que les acteurs traditionnels de la démocratie participative, associatifs, militants, ne se sont pas emparés du sujet jusqu’à présent. Sujet qui n’est pas sur les agendas, précisait Pascal Aubert, Vice-président de la Fédération des Centres Sociaux et socioculturels et président de l’ADELS. Endossant volontairement dans cette assemblée un rôle de « représentant du reste du monde », Pascal Aubert s’alarmait d’un gap d’usages dans la population, et d’un manque de compréhension des enjeux des outils numériques.

Les conditions du croisement de ces deux mondes restent à construire. D’ailleurs cette rencontre est-elle vraiment souhaitée ? Bernard Pissaro, de l’Institut Renaudot et du collectif Pouvoir d’Agir faisait part de la difficulté d’accéder à certaines données par exemple celles liées à l’insalubrité des logements (cf. saturnisme), ou à la santé publique (cf. chiffres statistiques nationaux du cancer du sein. Ces données existent à des échelles micro-locales, mais leur consolidation nationale n’est pas partagée). Les institutions et les décideurs rechignent à communiquer des données sensibles, pouvant mettre à jour un défaut d’action publique.

 

2 – La transparence et le droit d’accès à l’information, une histoire ancienne

Transparence et droit d'accès à l'information ne sont pas nés avec l'Open Data, et sont globalement des exigences anciennes en Europe ; la volonté de transparence était déjà consacrée par l'article 15 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, par ces termes : « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration  ». A la fin des années 70, en pleine période d’informatisation des administrations, La loi CADA est venue rajouter une possibilité supplémentaire d’accès aux documents administratifs.

La transparence et le droit d’accès à l’information se retrouvent ensuite mis en avant dans tous les programmes successifs d’e-administration (programme Pagsi sous le gouvernement Jospin, le plan ReSo sous Raffarin …).

La transparence ne crée pas à elle seule la confiance, rappelle Stéphanie Wojcik, maître de conférences à l’université Paris Est Créteil citant les travaux de Regina Connolly et Frank Bannister. Or dans l’Open Data, c’est la transparence des données qui est retenue, non pas celle du processus politique.

L’association Regards Citoyens est venue à l’Open Data par ce biais-là : une vigilance portée à la transparence des processus et des actions en politique, explique Benjamin Ooghe-Tabanou. Le mouvement d’ouverture des données est arrivé à point nommé, offrant des outils supplémentaires. Nosdeputes.fr, lancé par l'association a ainsi fait de la réutilisation des données disponibles un principe. Fort de 1600 inscrits, le site fait aujourd'hui l'objet d'une participation régulière et de contributions fournies. 

Mais le succès et la notoriété de Regards Citoyens ou LiberTIC ne doivent pas cacher leur caractère d’exception dans le panorama français. On peut même s’étonner aujourd’hui de la multiplicité des discours sur les vertus citoyennes de l’Open Data au regard de la modestie des réalisations.

Il faut noter aussi, dans les discours politique, la confusion qui règne entre Open data / démocratie / transparence / participation, précise Stéphanie Wojcik. Laisser croire que l’Open data équivaudrait à une plus grande transparence, qui équivaudrait mécaniquement à une meilleure participation citoyenne…pourrait être risque de désillusion.

On peut se demander par exemple si la récente ouverture du portail français ETALab va  servir à un plus grand contrôle des gouvernants par les citoyens. Sans doute est-il une brique nécessaire, mais pas suffisante. « Quand on a analysé par les chiffres que les réseaux d’eau étaient de meilleure qualité dans tel quartier riche plutôt que tel autre plus pauvre, comment faut-il s’y prendre pour agir en tant que citoyen ? » questionnait un participant… 

 

3 - « La force de la donnée c’est d’être partagée ».
Pour un service public « grand ouvert »

Avec l’Open Data, la problématique de l’accès à l’information est dépassée. La donnée brute n’est pas de l’information, elle n’a pas de pouvoir en soi. L’accès aux données est un préalable, mais n’est pas suffisant pour être « performatif ». « La force de la donnée c’est ce qu’on en fait », c’est-à-dire comment et avec qui on la partage, comment on la réutilise, on la compare, ce qu’elle produit comme informations supplémentaires.

Il est nécessaire de faire de la pédagogie auprès des utilisateurs finaux pour faire connaître les potentialités de l’OpenData, mais aussi auprès des acteurs publics pour qu’ils identifient un périmètre large d’utilisateurs de la donnée.

C’est tout l’objectif de l’enquête mise en ligne par Orange Labs et Owni, en partenariat avec EveryDataLab et la FING. Une démarche aussi inédite qu’originale, « Où habitez-vous vraiment ?  ».

Il s’agit d’analyser les décalages entre les perceptions spontanées que les habitants ont de leur territoire et la réalité renvoyée par les chiffres, expliquent Valérie Peugeot, prospectiviste à Orange Labs, et Marie Cousin d’Owni. A la fin du questionnaire, lors de l’analyse des résultats, beaucoup d’autres thèmes sont présentés ; le questionnaire aurait pu les aborder si les données avaient été accessibles.

L’Open Data, c’est un véritable changement de paradigme pour l’acteur public. C’est une nouvelle posture d’ouverture et de participation, bien plus importante que celle vécue jusqu’à présent. Car la valeur produite vient du partage de la donnée, de l’ampleur et de la pertinence de sa réutilisation. Or celle-ci ne se fera pas forcément spontanément. L’acteur public va devoir jouer un rôle fort d’animation pour faire connaître les données existantes, pour inciter, soutenir, induire des réutilisations, etc. Il va aussi être en posture de réutilisateur de données produites par d’autres acteurs publics.

Or au-delà des services qu’il rend et des droits régaliens, le service public est habituellement peu concerné par ce qui lui est extérieur. Cette tension entre une conception fermée du service public et l‘ouverture des données est significative de l’innovation de rupture, explique Laurence Monnoyer-Smith.

Les « évangélistes  » de l'open-data affirment d'ailleurs 3 grands objectifs citoyens, rappelle Valérie Peugeot, sous-tendant des changements organisationnels clairs : l'amélioration des services publics, qui dépasseraient ainsi la logique traditionnelle de silo, le changement des rapports entre l'intérieur et l'extérieur de l'administration, et des vertus en matière de transformation de l'action publique.

 

4 - Des besoins d’intermédiaires
Pour un secteur associatif concerné

Cette innovation de rupture n’épargne pas non plus le secteur associatif, qui va devoir prendre à bras le corps la problématique de l’Open Data dans toute sa complexité, dont technique. Habituellement, le numérique participe plutôt à diminuer les intermédiaires en développant des systèmes plus « horizontaux ». Dans le cas de l’Open Data, l’horizontalité exige de s’adjoindre de nouvelles compétences : journalistes-chercheurs, analystes de la donnée, statisticien, graphistes… pour analyser, trier, comprendre le sens de la donnée et du croisement de données, pour les représenter…

L’association LiberTIC , animée par Claire Gallon à Nantes, s’est attelée depuis longtemps à créer des ponts entre des mondes qui ne se connaissent pas ; d’abord par le biais de l’insertion numérique des publics. Aujourd’hui elle accompagne les associations de l’économie sociale et solidaire sur la voie de l’Open Data.

 

5 - Quelques pistes d’actions possibles

Laurence Monnoyer-Smith, de l'Université Technique de Compiègne, concluait cette journée, en rappelant que si les tensions sont nombreuses, elles devront indéniablement être surmontées pour que l'open data fasse l'objet d'une appropriation par le plus grand nombre. Plusieurs propositions étaient évoquées, en écho aux échanges de la journée, pour aller dans cette direction : 

La dimension politique des choix techniques
La choix des licences, dans un processus d'open data n'est pas anodin, et doit faire l'objet d'une vraie réflexion ; loin d'être un aspect seulement technique, ce choix a une véritable dimension politique.

Les différents modèles de licences ouvertes (CC-by, CC-by-SA, ou encore la licence ODBL...) sont à choisir en fonction de la finalité des projets : la licence CC-by-sa, copyleft, va ainsi permettre une redistribution presque à l'infini, et un « cercle vertueux » de la réutilisation ; la licence ODBL va elle encourager le réutilisateur à enrichir la donnée s'il la réutilise ; c'est la licence dont s'est inspirée Paris dans sa démarche d'Open Data, rappelle Jean-Philippe Clément, Chargé de mission TIC à la ville. Ces modèles devraient à priori coexister, au moins pendant quelques temps, selon Benjamin Ooghe-Tabanou de Regards Citoyens, mais confirment le rôle donné au crowdsourcing et plus globalement au citoyen dans l'open-data.

Une définition collective des données
Le Conseil Général de Saône-et-Loire, premier département engagé dans l'open-data (http://www.opendata71.fr/), a fait part de sa volonté de définir collectivement les données à ouvrir en instaurant un comité d'éthique, de 5 membres de la société civile ( une magistrate, un journaliste, un philosophe, un representant de l'UFC que choisir, un membre de l'INSEE,...), se réunissant régulièrement pour travailler sur des jeux de données ; il s'agit ainsi d'apporter un regard extérieur sur ces données, dans un objectif de transparence maximale. "On ne fera pas l'open-data seul", rappelait Pierre-Paul Pénillard du CG, pour expliquer ce fonctionnement. Cette définition collective des données est un véritable enjeu , permettant de déterminer les données intéressantes.

Ce sont d'ailleurs des familles d'acteurs nouvelles qu'il est intéressant d'amener autour de la table, afin d'enrichir les données, la connaissance.

Des actions de médiation nécessaires
L'open-data devra faire l'objet d'un développement concerté, au-delà des comités d'éthiques déjà existants dans certaines initiatives, pour devenir un véritable enjeu citoyen. Mais pour que les citoyens, justement, s'emparent des données après leur libération, il est nécessaire d'accompagner le développement des usages, en instaurant des mesures de médiation et de connaissance. Enfin cette rencontre entre démocratie et open data ne pourra se faire que par une mise en réseau des initiatives, croisant les champs de l'open data et de la transparence, et de la démocratie participative, afin de comprendre leurs exigences et leurs traditions.

 

La dynamique de l'open-data étant enclenchée, la question de l'appropriation par le plus grand nombre est aujourd'hui centrale. Cette thématique fera l'objet d'un groupe de travail en 2012 à la Fing...

 

Afficher/masquer les commentaires


Bilan de l'accélérateur de projets

publié le 21/11/2011 par Fabienne Guibé, 0 Commentaires
, , ,

 

Le 27 octobre, l’équipe Innovations democraTIC a animé un accélérateur de projets autour de 6 projets associatifs utilisant le numérique pour favoriser la participation citoyenne. Cet accélérateur fait partie du programme « Démocratie en réseaux » animé par la Région Ile de France. Les associations présentes ont bénéficié de l’apport de 50 experts (voir la liste) pour accélérer leur projet sur des problématiques bien définies.

Cet accélérateur avait pour vocation la démonstration de la vitalité des associations franciliennes ayant pour objet la participation citoyenne par le numérique. Les problématiques abordées étaient complémentaires allant de la pérennisation de l’objectif de l’association par de nouveaux modes de financement, de la constitution d’une communauté dite « physique » à l’animation de cette communauté sur une plateforme numérique avec la définition de solutions techniques répondant à ce nouvel usage des citoyens, de l’interconnexion de réseaux thématiques pour maximiser la transdisciplinarité et ainsi permettre la circulation des informations, de la recherche de nouveaux territoires d’expérimentation pour tester une nouvelle méthodologie à destination des parlementaires pour co-élaborer avec les citoyens des propositions de loi, et de la constitution et de l’implication citoyenne via une plate-forme numérique.

Les problématiques soulevées par ces 6 associations ont un caractère récurrent dans le domaine de la participation citoyenne. Les experts présents ont donné des nouvelles pistes aux associations présentes par la proposition de mise en relation, de veille, de mise à disposition de solutions techniques, d’entraide…

Nous vous proposons de retrouver les différentes propositions émises pour chacune des associations et de les enrichir via les commentaires si vous le souhaitez.

Participons.frVoir la fiche projet
Thème abordé : L’implication citoyenne
Voir les propositions

Parlement et citoyensVoir la fiche projet
Thème abordé : Recherche de terrains d’expérimentation
Voir les propositions

Réseaux, mémoires et histoireVoir la fiche projet
Thème abordé : La coopération entre les acteurs
Voir les propositions

AvicennVoir la fiche projet
Thème abordé : Le financement
Voir les propositions

GrignywoodVoir la fiche projet
Thème abordé : Les solutions techniques
Voir les propositions

Le Bonheur Brut CollectifVoir la fiche projet
Thème abordé : L’élaboration d’indicateurs
Voir les propositions

Afficher/masquer les commentaires


Workshop Street democracy #2 | les prototypes

publié le 12/10/2011 par christophe Tallec, 0 Commentaires
, , ,

 

Afficher/masquer les commentaires